Aymar: une voix en quête d’identité

Sandrine Lorne

Comment dire ?? Dieu qu’il est grand et pas seulement dans le côté longiligne de sa silhouette.

Encore une belle rencontre, de beaux échanges.

Car Aymar, est un mec simple, gentil qui se sert de sa bouche comme d’un pur instrument de communication et de respect envers autrui.

Ce papa de trois enfants, né en France à Stains ( 93) , à vécu longtemps en Seine Saint Denis  avant de rejoindre notre cité Tricasse, pour redémarrer une nouvelle vie mais surtout poursuivre son but ultime et inavoué sauf pour celui ou celle qui prendra le temps d’écouter son album.

«Pour savoir qui tu es, il faut savoir d’ou tu viens!»

Aymar n’a pas une tronche de norvégien. Loin de là. Il est du Congo Brazzaville d’origine,  mais ne le connaît pas. Et quand il en parle , on ressent de l’émotion et de la nostalgie.

Il n’en parle pas la langue car dit-il, chez ses parents, on parlait français, donc il ne maîtrise pas sa langue maternelle. Mais , le bougre , maîtrise parfaitement le mot et sait traiter les maux, jouant de jeux de mots.

Son album en est une preuve vivante , rien que dans son titre: «Destains de Black Swing»: joli  clin d’oeil à sa ville natale et son parcours musical.

Le Black Swing est le thème et le fil conducteur de l’album.

Aussi, je m’interroge. 

Il m’apporte une réponse sensée à mon questionnement car me dit -il, la soul, le jazz, le rock, la salsa , et autres musiques issues de de son continent fétiche, permet que  « ça swingue  sur de la musique noire!».

Il est axé sur ce Congo qu’il ne connaît pas. C’est une véritable quête d’identité qu’il nous fait partager avec cet album de pas moins de 40 Titres !!

Mais , me confiera t-il :» il existe un danger: il ne faut pas se construire une fausse identité ! Du coup , la culture , le savoir, le connais toi toi même est existentiel pour ne pas tomber dans ce travers».

Le rappeur au grand cœur

C’est en 93  ( tiens ? Décidément ce chiffre le poursuit ..lol)   qu’il à eu un véritable coup de foudre pour le rap, qu’il découvre alors sur une émission de radio.

Il se passionne surtout pour le rap américain car me dira t-il « dans le rap US, on revendique d’où l’on vient!»

C’est aussi parce que le rap américain offre de la musicalité.

Du coup, il va monter un stand régulier à la bibliothèque municipale, pour écouter et découvrir encore mieux, nombre de CD de rap US.

Il se passionne alors également pour le Beat Box ( discipline qui demande technique et bruitages buccal et qui là encore vient des États-Unis.

Il pleurera le décès récent de Biz Markie, un champion de cette discipline.

La musique devient sa vocation et il aspire à en vivre. Depuis cette année il ne fait que ça. Le résultat est là, son premier album est sorti en février. Il y a du lourd.

Il y a travaillé avec son ami Chritophe Girardin, qui lui même est passionné de rap depuis l’époque des mix- tape.

Il provoque le questionnement. On y ressent le grand cœur d’Aymar, qui reste humble, modeste, gentil.Mais Aymar tient absolument à s’adresser à tout le monde, d’où du coup, l’importance du langage.

Mais on y voit aussi son petit côté rebelle, car Aymar déteste l’injustice et il avoue en dénoter de trop dans notre quotidien.

Il utilisera le verlan et l’argot comme fil conducteur de ses textes.

« Dès que j’ai écrit mon premier texte, Esclave et Négrier  , j’ai su que j’avais un message à transmettre. On doit tous avoir un avenir heureux. On doit vivre résilients, même si on est des anciens esclaves.»

Ouah!! c’est fort. Car il veut construire, bâtir et amener sa pierre à l’édifice de la vie communautaire, simple, et conviviale.

Il en jette le rappeur et je dois avouer que ça me plaît.

Et alors, Culture Prems?

Mike, me dit-il, est « l’homme incontournable de la culture urbaine».Aussi Aymar participera à l’élaboration d’ateliers d’écriture, de rap avec le parlé de ces jeunes, mais en faisant en sorte qu’ils aient les bonnes tournures de phrases. Car me dit-il « en ce qui me concerne, il n’y a pas de gros mots dans mes chansons. Mon fils en serait peiné.»

Il y a de fortes chances, que votre modeste contributrice s’associe à ces ateliers également.

Actuellement, il travaille en collaboration avec Christophe, à un prochain album révérencieux des femmes et de leur condition.

Aussi, celui qui de son patronyme « Bakouma» traduit par « celui que l’on chasse et que l’on pourchasse» saura virer cette interprétation, les pieds, la bouche, le cœur bien ancré pour aider l’association.

Sandrine Lorne