MANAGER A KINSHASA

Entretien avec  GodSon : Manager d’artistes et directeur artistique de rappeurs congolais au sein du Label Jeune Courageux Prod en République Démocratique du Congo.

«Ibenge» comme on le surnomme vit actuellement dans le quartier de N’djili.  Dhady Badibanga, se fait un nom malgré les difficultés que les managers  indépendants peuvent rencontrer dans un environnement .

Bonjour Godson, tu as commencé en tant qu’artiste, pourquoi avoir choisi le rap dans un pays comme la République Démocratique du Congo qui est principalement rythmé par la rumba ?

A la base, j’ai connu cette musique grâce à mon grand frère qui lui me faisait écouter déjà tout un tas de style de sons différents, et au Congo tu grandit forcement avec la musique.

Pour te dire la vérité, je me voyais pas dans le milieu du rap, mais pour passer le temps j’aimais bien interpréter des morceaux de 2 Pac ou Mc Hammer. ( rire) Je me souviens que mes potes appréciaient et j’ai fini par m’y mettre plus sérieusement.

L’appétit vient en mangeant ( rires ). Mais la Rumba on a sa dans le sang, je me souviens que l’on avait un groupe à l’école ( rire ). C’est le rap qui m’a le plus séduit, car j’aime beaucoup l’écriture, les textes …

Tu as été toi même artiste, mais aussi présentateur d’émission télé, co organisateur d’événements, peut tu nous raconter ton parcours incroyable ?

Influencé par des artistes de l’époque dont  un certain Victor Okende,  je gratte mon premier texte entre 2005, 2006 et très rapidement je monte mon premier crew «Team Boom» avec Serge Liema, Lionel Tabuli et Christian Nkotolo

On était pas spécialement connu à Kinshasa, mais tout le quartier parlait déjà de nous, il y avait un engouement terrible.

Certains potes vont lâcher et l’artiste LM Soldat (To Tetuka)  rejoins le groupe qui devient «Street Kanibal». Sans me vanter, un des meilleurs groupe underground du coin, mais la situation économique et sociale du pays ne nous a pas permis de réaliser nos objectifs.

Tu sais en RDC il faut être créatif, inventif on a pas le choix, on décide alors de monter notre propre émission « Zone 4 Zik » qui était un média rap purement street avec des rubriques et du contenu super inintéressant pour des novices. L’idée c’était d’imposer notre style de musique qui était négligé à ce moment là.

On a travaillé avec le réalisateur Guillaume Okende, et je me souviens qu’il fallait trouver 50 dollars chaque mois (50 dollars c’est énorme pour des indépendants au Congo)afin de bénéficier des infrastructures de la chaîne locale «Globale Télévision» partenaire du projet.  

Des très bons retours, et comme le travail paie, on rencontre la même année Toto Kisasu en entrepreneur qui vit au States actuellement. Il nous propose la co-organisation d’un concours hip-hop des artistes vivants dans la commune de N’djili, qui est une de 24 communes de la ville Kinshasa.

On bosse sur le concept à fond, et c’est moi qui vais propose le nom du concours : « King Of N’djili Town ». Toto Kisaku nous mets à disposition le K-Mu Théâtre.

C’était un gros carton et petit à petit, j’ai commencé à me faire un nom et gagner la confiance des artistes de la scène rap locale. En 2013, après des discussions avec notre mécène, je décide de stopper l’émission et de stopper la gestion du concours. C’est vraiment à ce moment là que je prends  goût au management d’artistes. C’était vraiment pas facile, on apprends sur le tas, mais je me suis découvert d’autres capacités. 

En 2015, je signe chez Ultimatum République, un de plus grands Labels au Congo à l’époque.

C’est d’ailleurs cette année que je croise la route d’un certain Gaz Fabilouss qui est aujourd’hui  le numéro un du rap congolais.

En 2016 les artistes commencent à me surnommer «Ibenge» c’est le nom de l’ancien sélectionneur de l’équipe nationale congolaise de football) (rire) J’aimais pas vraiment sa ( rire ) Je reçois de nombreuses propositions de collaboration,  je quitte Ultimatum afin de me concentrer sur le management  d’artistes et connaître toutes les ficelles du métier . Actuellement je bosse pour le Label Jeune Courageux Prod,  qui gère «Gaz Fabilouss»  que j’ai eu a encadrer à ses débuts.

Je m’occupe maintenant d’artistes rap congolais qui vivent à l’extérieur du Pays , France, Angleterre, États-Unis, Ukraine, Afrique du Sud etc…

Aujourd’hui tu est manager de plus d’une trentaine d’artistes, le métier de manager te fait manger en RDC ?

Oui, bien que ça remplit pas mon frigo. Déjà exercer ce boulot dans un pays comme le nôtre, c’est pas une mince affaire.

Manager un artiste rappeur, c’est de la vraie folie au fait,( rire ) c’est prendre des risques au quotidien, et on a pas atteint le niveau max de reconnaissance de la culture hip hop au pays.

Quel regard tu portes sur le rap congolais ?

Plutôt positif sur le rap congolais, j’ai plein d’espoir, le rap congolais est capable de rivaliser avec le rap Français, pourquoi pas le rap ricain.

Après les artistes doivent aussi faire leur part  et proposer les hits du moment. Mais ce qui est intéressant aussi c’est d’avoir une vision global de notre art, la culture hip hop traverse facilement les frontières et libère la paroles aux artistes qui sont loin des majors.

Ça peut ou ne pas marcher. Après, il n’y qu’une seule alternative soit tu marche soit tu crèves

Tu as toujours souhaité aider les artistes dans l’évolution de leur carrière, pense tu que les conditions sont bonne en RDC afin d’évoluer dans la musique rap ?

Les conditions ne sont pas bonnes et cela crée des chamailleries entres les artistes (mdr)

Il n’y pas de réel industrie musicale pour le moment.  Quand on parle musique, le rap est ou les rappeurs sont encore mis en l’écart. Après, il faut agir entre baisser les bras et faire quelque chose, j’opte pour l’action c’est dans mon ADN, Et avec pleins d’autres on trace un chemin que d’autres pourront suivre demain.

Aujourd’hui tu travail dans le Label qui accompagne  Gaz Fabilouss, une étoile montante du rap congolais, comment s’est fait la rencontre avec cette artiste? 

Comme je l’ai dit, c’est un mc avec qui  j’ai collaboré avant qu’il explose.

Je le suit depuis ces début et j’ai directement accroché sur son flow  et le côté humoristique qu’il apportait dans le game. Un vrai bosseur, un artiste à suivre sérieusement.

En quoi consiste tes missions au sein du Label Jeune Courageux Prod ?

Essentiellement trouver des scènes, des premières parties, participations à des Festivals.

Il y a des possibilités avec des émissions de télé ou des radios mais il faut avoir un bon carnet d’adresse.Perso, j’aimerai venir en France afin de collaborer avec des structures et découvrir d’autres mode de fonctionnement. D’ailleurs j’en profitent pour passer un appel à travers cet entretien. Tendez une oreille et même les deux sur ce qui se passent au Congo niveau rap, il y des artistes qui en valent vraiment la peine.

L’explosion mondiale de la culture urbaine à fait naître énormément d’artistes et de labels, particulièrement en RDC, est tu exposé à la concurrence ?

Bien sûr, d’ailleurs j’adore la concurrence (mdr) c’est clairement une source de motivation.

Je suppose que tu as un œil sur ce qui se fait en dehors du pays ?

J’aime beaucoup ce que fait Damso qui est lui même originaire du Congo, on voit de plus en plus d’artistes qui reviennent prester à la source Ninho pour ne citer que lui …

As tu un conseil, pour les jeunes manager qui voudraient se lancer au pays ?  

Faut tenir bon, il faut savoir que  c’est sur un terrain semé d’embuche qu’ils vont jouer. Ça peut ou ne pas marcher. Après, il n’y qu’une seule alternative soit tu marche soit tu crève